Édition internationale

Guillaume Rostand (AI Summit Barcelona) : « Nous sommes allés vite, parfois trop vite »

Près de 9.000 entrées cumulées en deux jours, 270 intervenants et 168 sessions : l’AI Summit Barcelona 2026 a changé de dimension. Mais cette montée en puissance s’est aussi accompagnée de difficultés, entre files d’attente et salles saturées. Un mois après l’événement, son cofondateur Guillaume Rostand revient sans détour sur les réussites et les ratés de cette deuxième édition. Entre autocritique, réflexions sur l’avenir de l’intelligence artificielle et ambitions pour 2027, il raconte les coulisses d’un sommet qui cherche encore sa juste mesure.

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@AI Summit Barcelona 2026, DR. / Guillaume Rostand.
Écrit par Paul Pierroux-Taranto
Publié le 25 octobre 2026, mis à jour le 26 octobre 2026

Guillaume, lorsque nous nous étions parlé avant l’été, vous prépariez un AI Summit à une tout autre échelle, avec l’ambition de réunir 10.000 participants. Un mois après l’événement, quel bilan tirez-vous de cette deuxième édition ? 

Nous avons enregistré près de 9.000 entrées cumulées sur les deux jours. Plus de 270 intervenants figuraient au programme, avec 168 sessions. Plus d’un tiers du public venait de l’extérieur de l’Espagne. Notre concept a trouvé son public : des intervenants de haut niveau, des formats variés et un cadre très méditerranéen.

Mais ma plus grande fierté, c’est l’équipe. Nous avons énormément travaillé et progressé ensemble. Comme tu le sais, je suis entouré d’une bande de jeunes qui ont, je crois, plus mûri ces trois derniers mois que pendant les quinze années précédentes. Après la clôture, à minuit, je leur ai écrit : « Ça n’est pas normal de vivre ce que vous avez vécu à votre âge. Ça n’est pas normal au mien non plus. »

Je veux aussi remercier les volontaires et les prestataires. On voit les scènes et les intervenants. Beaucoup moins tous ceux qui accueillent, installent, trouvent des solutions et restent pour ranger. Nous leur devons beaucoup.

 

vue du ciel de ai summit 2026
@AI Summit Barcelona 2026, DR.

 

En passant de 1.200 participants en 2025 à un événement de cette ampleur, qu’est-ce qui vous a le plus surpris ? 

Quand j’ai vu les affiches du Summit dans la rue. J’ai compris que nous faisions un événement public. Quelque chose qui ne nous appartenait plus seulement à nous. On commençait à parler du Summit bien au-delà de nos cercles habituels. Les échanges avec la Generalitat m’ont aussi fait mesurer le chemin parcouru.

Après, les coulisses vous ramènent vite sur terre. Quelques jours avant l’événement, nous avions une discussion très sérieuse sur les trophées du hackathon : ils ne rentraient pas dans le scooter d’Adam. L’ambition était internationale. Le coffre du scooter, beaucoup moins.

 

talka à l ai summit 2026
@AI Summit Barcelona 2026, DR.

 

Cette croissance s’est aussi accompagnée de difficultés d’organisation. Plusieurs participants ont fait état de longues files d’attente et de conférences auxquelles ils n’ont pas pu accéder faute de place. Comment expliquez-vous ces problèmes de capacité et qu’auriez-vous aimé anticiper différemment ?

Nous avons sous-estimé le nombre de personnes qui arriveraient au même moment et la concentration de la demande sur certaines conférences. Certaines salles étaient trop petites, notamment autour de l’auditorium. La circulation et les files n’étaient pas suffisamment bien organisées.

Nous avons ajouté des chaises et revu les accès. Le deuxième jour s’est mieux passé. Mais il fallait anticiper ces sujets, pas les découvrir sur place. C’est notre responsabilité.

 

Je suis à la fois fier et insatisfait. Je sais tout ce que nous avons accompli. Je vois aussi très bien ce que nous n’avons pas suffisamment préparé.

 

Avec le recul, quelles leçons en tirez-vous pour les prochaines éditions ? Faut-il envisager un autre lieu, repenser la répartition des conférences ou revoir plus profondément le format de l’événement ?

Je suis à la fois fier et insatisfait. Je sais tout ce que nous avons accompli. Je vois aussi très bien ce que nous n’avons pas suffisamment préparé. Les deux sentiments coexistent.

Nous sommes allés vite, parfois trop vite. Nous avons beaucoup appris. Maintenant, il faut que ces apprentissages se voient dans l’expérience des participants.

Il nous faut avant tout un lieu plus adapté. Même si cela nous oblige à renoncer à une partie de ce qui faisait la singularité du cadre : un quai animé par les food trucks et la musique, un bateau amarré pour emmener les visiteurs en mer… J’y suis attaché, mais il faut d’abord que chacun puisse profiter du programme.

 

ai summit 2026 barcelone
@AI Summit Barcelona 2026, DR.

 

Au-delà des chiffres et des questions logistiques, qu’est-ce qui vous a le plus marqué dans les échanges et les interventions ? 

Nous sommes passés de « voilà ce que l’IA pourrait faire » à « voilà ce que j’ai fait avec ». Mais une autre question prend désormais beaucoup de place : comment transformer ces usages individuels en résultats pour l’entreprise ?

Mettre de l’IA partout n’est pas une stratégie. Acheter des licences ne suffit pas. Plusieurs interventions l’ont bien montré : si chacun travaille plus vite mais que l’organisation ne change pas, les gains peuvent rester assez théoriques.

Et puis il y a le contexte. Vos données n’expliquent pas, à elles seules, comment fonctionne votre entreprise. L’IA doit aussi connaître vos priorités, vos règles, vos clients et vos contraintes.

Uberall donnait un exemple très parlant au Summit. Brancher une IA sur des données financières propres produisait encore des réponses génériques. Il fallait lui apporter la stratégie, les indicateurs, les prix et les projets de l’entreprise pour obtenir des analyses utiles.

C’est comme recruter quelqu’un de très intelligent sans jamais lui expliquer son travail. On risque d’être déçu. Il faut donc partir d’un problème précis. Donner les bonnes informations. Décider qui contrôle et qui valide. Puis mesurer ce qui s’améliore réellement : le temps, la qualité, le coût. Pas le nombre d’outils installés.

 

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@AI Summit Barcelona 2026, DR.

 

Vous voulez faire de Barcelone l’un des centres de gravité européens de l’intelligence artificielle. Après cette édition, avez-vous le sentiment que la ville a franchi un cap ? 

Oui, et il y a des initiatives concrètes derrière les discours. La stratégie Catalunya IA 2030 prévoit de mobiliser un milliard d’euros. Elle concerne les infrastructures, mais aussi les compétences, les entreprises et les services publics.

Le Barcelona Supercomputing Center est un atout majeur. L’extension annoncée de son supercalculateur MareNostrum 5 s’appuie sur les technologies NVIDIA. Et son AI Factory vient d’ouvrir un programme destiné à sélectionner jusqu’à 100 startups, avec accès au calcul et accompagnement technique et commercial. NVIDIA et AWS en sont partenaires.

C’est cela qui m’intéresse : relier la recherche, les infrastructures et les entreprises. Pas seulement avoir une belle machine, mais permettre à des gens de construire quelque chose avec.

La Catalogne est une petite région qui raisonne à l’échelle européenne. Elle veut attirer les talents et les investissements, mais aussi rendre son économie plus compétitive. Nous n’avons pas créé cette dynamique. En revanche, avoir accueilli au Summit la présentation de cette ambition régionale est une vraie reconnaissance.

 

L’AI Summit est aussi une aventure portée par plusieurs entrepreneurs français, dans un écosystème barcelonais très international. Quelle place cette dimension franco-espagnole a-t-elle occupée dans la réussite du projet ?

Nous sommes français et nous ne cherchons pas à le cacher. Nous continuons à vivre et à travailler avec cette communauté. Elle nous a aidés à démarrer et reste importante pour nous. J’ai passé plusieurs années à la tête de French Tech Barcelona. L’envie d’aider les entrepreneurs français à se développer ici ne m’a pas quitté avec la présidence.

Si le Summit peut donner davantage de visibilité à des entreprises, des chercheurs ou des talents français, j’en serai très heureux. Mais notre ambition dépasse naturellement cette communauté. Nous construisons un événement à Barcelone, avec l’écosystème local et pour un public de plus en plus international. Je ne vois aucune contradiction à garder des racines françaises et à ouvrir grand les portes.

 

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@AI Summit Barcelona 2026, DR. /  Le président de la généralité de Catalogne Salvador Illa.

 

Enfin, comment imaginez-vous l’AI Summit Barcelona en 2027 ? Que souhaitez-vous absolument préserver de l’esprit des premières éditions, et qu’aimeriez-vous transformer ?

Nous travaillons sur un projet très ambitieux. Je ne peux pas encore tout dévoiler, mais si les choses se passent comme nous le souhaitons, 2027 sera réellement mémorable.

Je veux préserver la proximité avec les intervenants, la diversité des formats et le plaisir de se retrouver à Barcelone. Aller plus loin dans l’esprit festival, avec la culture et la gastronomie. Et garder notre humour. Nous allons encore en avoir besoin.

Cette aventure dépasse désormais largement notre petite équipe. Beaucoup de gens y ont mis du temps, de l’énergie et de la confiance. L’édition 2026 n’était pas parfaite. C’est précisément pour cela que nous avons autant à cœur de faire mieux.

 

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